Trois Autres Thaïlande
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La Thaïlande : terre de spiritualité ? Fleur de l'Asie ? Pays du sourire ?
Loin de tout exotisme bon marché et accessible à tout public, ce livre est composé d'histoires courtes qui sont basées sur des faits réels.
L'auteur a vécu sept ans à Phuket et a été chroniqueur pour le quotidien thaïlandais THE NATION. Cet observateur attentif nous livre, tour à tour avec tendresse, ironie ou crudité, une série de portraits saisissants qui nous font découvrir de façon divertissante des visages cachés de ce pays.
EXTRAIT
Graham regardait fixement le touriste et il se dit qu’il aimerait bien lui aussi porter un short, tout en sachant pertinemment que venir jambes nues au Ministère de l’Immigration aurait compromis ses chances de renouveler son visa annuel. Il était acceptable qu’un touriste vienne solliciter la prolongation d’une semaine de son visa habillé comme un clochard, tout comme il était également acceptable que sa copine s’habille de la même façon, parce que même si elle était venue en robe du soir et avec une écharpe où aurait été écrit dessus « Miss Thailand », les fonctionnaires l’auraient quand même traitée comme une traînée. Mais pour un homme dans la situation de Graham, rien moins qu’un pantalon long et une chemise à col boutonné fraîchement repassée ne pouvait convenir
si j’avais un million
Khun Anuphan, un pêcheur musulman de Rawai, âgé de soixante-seize ans, a vendu une parcelle de terrain ancestrale à des promoteurs pour dix millions de dollars. Avec son fils, celui qui a négocié la vente, il a amené les papiers à sa femme, Khun Noina, pour qu’elle y appose l’empreinte de son pouce. Khun Noina, une mère de onze enfants, illettrée et âgée de soixante-douze ans, demanda : « Si nous vendons la terre où ferons-nous pousser nos noix de coco ? »
Comme la récolte de noix de coco représente 60% des revenus de la famille, elle pensait que ce serait une bonne idée de garder le terrain.
Mais Khun Anuphan pesa de tout son poids et cinq mille ans de culture où les hommes ont dominé forcèrent Khun Noina à mettre son empreinte sur les documents. Khun Anuphan et son fils assistèrent à une réunion où neufs hommes étaient présents, dont quatre étaient des interprètes et où les deux autochtones échangèrent les papiers contre un chèque de la Nippon Credit Bank. Khun Anuphan ramena alors triomphalement le chèque à leur maison de parpaings et de tôles à Rawai. Khun Noina jeta un coup d’œil au petit bout de papier et regarda son mari avec cet air qui en dit long et que tous les maris du monde connaissent ; celui qui dit : « Tu as échangé la vache contre une poignée de haricots magiques ? »
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